Journal d’un remplaçant de Martin Vidberg, ou comment l’éducation nationale se charge des « enfants difficiles »

Un peu par hasard, traînant dans la bibliothèque d’un ami alors que je m’ennuie, je tombe sur cette BD. “Martin Vidberg”, le nom sur la tranche m’est familier. Et à raison, réalise-je lorsque j’en découvre la couverture, il s’agit de l’auteur de “L’actu en patate” des strips et des BD qui parlent de l’actualité de manière humoristique avec des personnages uniquement dessinés en patate. M’attendant à une bonne tranche de rigolade, surtout devinant le sujet abordé -le quotidien d’un enseignant remplaçant- que je connais un peu, ayant travaillé dans l’éducation nationale, je m’installe dans un canapé, et j’attaque le bouquin.

Je le referme quelques heures plus tard, une boule dans la gorge, un peu émue. Pourtant j’ai souri, et même rit à plusieurs reprises devant certaines planches, mais l’histoire dans son ensemble me laisse un goût amer que j’avais déjà connu dans mon travail. Celui d’un humain catapulté dans un habit de “guide/figure d’autorité” et dans une situation pour laquelle nous n’avons jamais été préparés. Ainsi que la détresse émotionnelle qui en découle.

Vidberg le dit lui-même, il utilise le prisme de son expérience pour dépeindre le fonctionnement (boiteux) des classes spécifiques en France. Il s’occupe de 6 enfants décrits comme “difficiles” (même s’il s’agit plus d’enfants réagissant à un environnement personnel douloureux), et se retrouve complètement seul. Personne ne forme, personne ne l’aide, et les rares conseils ne peuvent fonctionner en pratique. Fatalement, il s’agit alors moins d’éducation que de journées passées à canaliser des enfants troublés et troublants.

Et ce fut difficile pour moi de ne pas profondément empatir avec ces enfants et cet enseignant faisant de son mieux. J’ai pu découvrir, au cours de ma courte carrière dans l’éducation nationale, que personne ne prend jamais le temps de former les nouvelles recrues aux cas complexes (que dire à une lycéenne atteinte d’une maladie dégénérative et qui ne veut pas suivre le cours car elle sait qu’il ne lui reste quelques années et qu’elle ne veut pas les passer au lycée ? Que dire à des enfants abusés par les adultes censés être leur référence et qui ne font plus confiance à toute les figures d’autorité existantes ?). Il ne reste à un jeune enseignant que sa morale, son humanité et ses principes pour aider ce type d’élève tout en devant se conformer au sacro-saint programme à boucler avant juin.

Et ne pensez pas que le système éducatif se soit arrangé entre temps. Moins de profs, plus d’élèves par classes, les établissements spécifiques délaissés et débordés… Est ce qu’il ne serait pas temps de se rappeler que les enfants et le personnel ne sont pas des machines ? Qu’on ne peut reprocher à des enfants de ne pas vouloir rester assis 8h par jour, et de réagir par rapport à une vie qu’il ne peuvent laisser à la porte des salles de classes. Et que les profs ne sont pas des fainéants profiteurs. Ils donnent tellement de temps, au sein ET en dehors de l’établissement, pour faire avancer plusieurs classes de parfois plus de 35 élèves.

Il y a des choses qui ne se résolvent pas à coup de coupes budgétaires, baby foot, ou en traversant la rue. Bref, le jour où tout ce bordel se fera correctement réformer, les enfants – que l’on désigne pourtant comme le futur de notre pays – pourront peut être enfin de s’en construire un, de futur, sur de bonnes bases.

Je remercie donc Martin Vidberg pour son travail et cette oeuvre, qui m’a permis de mettre des mots sur un sentiment qui me suivait depuis un moment, et je vous remercie d’avoir lu ce petit article (qui tient pas mal du « billet d’humeur », j’en conviens). Si vous ne me connaissez pas et voulez écouter ce que je fais, n’hésitez pas à faire un tour dans la section sagas ou monos du site. Et pour toutes remarques, discussions, réactions par rapport à cet article, laissez un commentaire ici, passez par notre Twitter ou venez faire un tour sur Discord, je discuterais avec vous avec plaisir ! =)

En attendant, prenez soin de vous et soyez bienveillant envers les plus jeunes, ils en ont besoin.

C’était Ranne (Salty) Madsen, pour vous servir.